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Femmes remarquables... Suzanne Valadon

valadon Marie-Clémentine Valadon, dit Suzanne, est née le 23/9/1865 à Bessines-sur-Gartempe de père inconnu. Sa mère, Madeleine Valadon, 34 ans, est lingère. Elle avait été mariée à un certain Coulaud, condamné comme faussaire et envoyé au bagne, avec qui elle avait eu d'autres enfants. Pourtant elle est venue vivre seule à Bessines.

Quand Marie-Clémentine a 5 ans elles partent pour Paris. Le moment est mal choisi parce que 1870 est l'année où la guerre avec la Prusse éclate. Madeleine et sa fille vont vivre les privations du siège de Paris et les frayeurs de la Commune. Pour survivre Madeleine travaille le jour comme femme de ménage et le soir comme repasseuse. Il ne lui reste pas beaucoup de temps pour s'occuper de sa fille qui suivra des cours dans une école religieuse où on supporte mal sa curiosité et son indiscipline.

* ill.

A partir de 1877 Marie-Clémentine commence à travailler en faisant plusieurs petits emplois. Elle fait connaissance avec le milieu du cirque et veut devenir trapéziste. Après une chute qui laisse des séquelles, il ne lui reste que le dessin comme passe-temps. Pour aider sa mère elle porte le linge repassé chez les clients. De cette façon elle fait la connaissance du peintre Puvis de Chavannes, dont elle devient le modèle. A partir de 1781 elle fréquente le milieu artistique de Montmartre et elle a plusieurs admirateurs : d'abord un certain Boissy , assureur et poète raté, puis Miguel Utrillo y Molins, un aristocrate espagnol, homme de lettre et critique d'art. Quand elle attend un enfant elle ne sait pas qui est le père.

Ne plus sachant sortir en attendant la naissance elle s'occupe en dessinant. Son fils Maurice est né le 26/12/1883. Assez vite elle laisse sa mère s'occuper de son enfant pendant qu'elle gagne sa vie comme modèle pour Renoir qui l'appelle Maria, puis pour Steinler, Henner et Zandomeneghi. Elle-même fait des dessins, surtout des portraits, à la mine de plomb, du fusain et du sanguin. Miguel Utrillo qui s'intéresse à l'enfant vient régulièrement en visite chez les Valadon, mais Maurice le déteste.

Marie-Clémentine et sa mère déménagent et vont habiter dans la même maison que Toulouse-Lautrec. Très vite elle fait la connaissance de celui-ci et elle devient aussi bien son modèle que sa maîtresse. Sa petite taille (1 mètre 54) plaît à Toulouse-Lautrec qui a l'impression de parler d'égal à égal. Elle l'accompagne partout pendant ses escapades nocturnes et c'est Toulouse-Lautrec qui commence à l'appeler Suzanne. Après avoir découvert par hasard quelques dessins faits par Suzanne, il lui conseille de les montrer à Degas. Celui-ci est enthousiaste et Suzanne devient son élève et sa protégée. Comme lui, elle sera toute sa vie portraitiste. Sa relation avec Toulouse-Lautrec se termine parce qu'il ne veut pas l'épouser.

En 1892 Suzanne devient d'abord la maîtresse du compositeur Eric Satie puis de son ami Paul Mousis, un homme fortuné. A la même époque elle commence la peinture à l'huile. Miguel Utrillo reconnaît Maurice comme son fils (celui-ci n'est pas d'accord) et Suzanne épouse Paul Mousis en 1896. Après le mariage elle dispose d'un appartement à Paris et d'une villa à Montmagny. Sa carrière d'artiste connaît un essor : en plus de la peinture Degas lui enseigne la gravure, et elle expose régulièrement. Maurice vit toujours avec sa grand-mère mais à treize ans il boit déjà, il est insupportable, maussade et se sent rejeté par sa mère. Suzanne a une vie rangée à côté de son mari, tout en s'occupant de la peinture. Maurice, après des études médiocres, doit être interné à cause de sa dépendance de la boisson. Quand il réintègre la vie familiale, Suzanne l'oblige à peindre pour l'occuper. Bientôt il connaît du succès mais il continue à boire, ce qui lui apporte régulièrement des problèmes. Finalement il est mis à la porte par son beau-père. Peu de temps après, Suzanne, âgée de 44 ans, quitte son mari après 13 ans de mariage pour aller vivre avec André Utter, un électricien et peintre amateur, et un ami d'école de son fils et donc beaucoup plus jeune qu'elle.

A partir de 1910 Suzanne, sa mère , son fils et son amant vivent rue Corot. Bien que les critiques sont favorables pour l'œuvre de Suzanne et qu'elle fait des expositions, elle ne vend pas beaucoup. Les peintures d'Utrillo sont plus en demande, mais généralement il les échange contre de la boisson. En 1912 il est de nouveau dans un institut pour désintoxication.

La guerre éclate et André Utter, soldat, est envoyé dans l'Ain. Après la mort de sa mère Suzanne se retrouve seul et pauvre, et arrête momentanément de peindre. Elle épouse André Utter. Quand la guerre est terminée Suzanne reprend ses activités picturales. Elle expose mais ne vend pas beaucoup, le contraire de son fils. Maurice passe encore un séjour dans un asile, dont finalement il s'évade. Suzanne et André décident de le faire vivre de nouveau chez eux, sous leur surveillance. Ils ne réussissent pas de l'empêcher de boire, mais depuis que Utter gère les affaires d'Utrillo, ils ont de nouveau de l'argent.

Suzanne est sollicitée de tous les côtés pour exposer et le trio vit une vie de luxe, ils achètent même un château dans l'Ain. La vente des tableaux d'Utrillo atteint des chiffres jamais vues. Utrillo est laissé dans le château sous surveillance du concierge, tandis que Suzanne et André retournent à Paris.

Vu le succès de l'œuvre de Suzanne une rétrospective est organisée, puis en 1932 une importante exposition avec un catalogue préfacé par Edouard Herriot. Mais les ventes sont quasiment nulles. Maurice vit de nouveau à Paris sous la surveillance de sa mère et de son beau-père. Mais le mariage de Suzanne va mal et Utter l'abandonne pour s'installer dans un grenier rue Cortot.
En 1935 elle est hospitalisée suite à une crise aiguë d'urémie qui la laisse dans un état d'exténuation. C'est pendant cette période que la veuve d'un banquier belge, Lucie Valore, vient la tenir compagnie. Devant les inquiétudes de Suzanne qui se demande qui s'occupera de son fils après sa mort, Lucie dit qu'elle est prête à l'épouser. L'idée amuse d'abord Suzanne, puis elle commence à se rendre compte qu'elle perdrait tout le confort dont elle s'est habituée. Utter en apprenant la nouvelle proteste violemment mais sans résultat : Maurice Utrillo, devenu catholique en 1933, épouse Lucie deux ans après.

Suzanne se retrouve seule et recommence à visiter des bistrots. C'est là qu'elle rencontrera son dernier grand ami, le peintre Gazi.

Suzanne vieillit, sa production diminue et elle meurt d'une congestion cérébrale le 17/4/1938. Utrillo, pris d'une crise nerveuse, n'assistera pas aux obsèques qui sont menées par André Utter.

Suzanne Valadon était une des grandes figures du Montmartre de la Belle Epoque, où on l'appelait Suzanne la folle pour sa façon libre de vivre. Encore de son vivant ses œuvres étaient achetées par des musées et les critiques louaient sa façon de peindre 'comme un homme', mais elle n'a jamais connu le même succès que son fils auprès du grand publique.

Composition

Elza Daix
10/03/2005

Source:

Ce résumé est basé sur la documentation suivante disponible dans la RoSa base de données:

Mot clé: Valadon Suzanne

Mathews, Patricia
Passionate discontent : creativity, gender, and French symbolist
art
Chicago: The University of Chicago Press, 1999. - 313 p.: ill.
ISBN 0-226-51018-2
Exemplaarnr.: GIV2a/0314

Champion, Jeanne
Suzanne Valadon
[S.l.]: Fayard, 2004. - 375 p.: ill.
ISBN 2-213-61781-3
Exemplaarnr.: T/0757
*ill. p. 289

Dagen, Philippe
Suzanne Valadon, le corps tel qu'en lui-même
In: LE MONDE, 30/03/1996

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