Art

Féminisme et mouvement des femmes

Figures historique

Littérature

Politique

Sport

Sciences et technique

Femmes remarquables... Flora Tristan

Le père de Flora, don Mariano Tristan y Moscoso, un noble péruvien, est colonel des dragons du roi d'Espagne en poste à Bilbao. C'est là qu'il a rencontré, en 1802, Anne Laisnay, émigrée française, dont le père, secrétaire de l'Intendance du roi, avait été lynché par la foule à Paris en juillet 1789. Un prêtre émigré, abbé Roncelin, les marie : un mariage clandestin parce que don Mariano n'avait pas demandé l'autorisation du Roi et le mariage n'a jamais été confirmé par un mariage civil, obligatoire en France. Le couple s'établit à Paris où Flore Célestine Thérèse Tristan y Moscoso est née le 7 avril 1803.

* ill.

Le ménage n'a pas d'ennuis d'argent : don Mariano touche une rente de son oncle, l'archévêque de Grenade, en plus de sa pension d'ancien colonel et des revenus comme représentant d'Espagne à Paris. Son frère plus jeune, don Pio, ayant finalisé son éducation en Espagne, est déjà rentré au Pérou.
Le couple vit une existence assez retirée, fréquenté par la famille et des amis, dont le plus célèbre est certainement Simon Bolivar, le futur Libertador.

Flora a 4 ans quand, le 14 juin 1807, son père meurt subitement d'une crise d'apoplexie. En octobre de la même année naît son petit frère, Mariano Pio Henrique Tristan. Don Mariano n'ayant prévu aucune disposition pour sa femme et ses enfants, son frère don Pio devient son légataire universel. Anne Laisnay est obligée de déménager à la campagne. Puis il y a la guerre Napoléonienne avec toutes ses atrocités et la famine. En mai 1817 le petit Mariano meurt et en 1818 Anne vend ses derniers biens pour retourner vivre à Paris avec sa fille de quinze ans. Elles vivent en grande pauvreté tout en rêvant d'une autre existence au Pérou. L'éducation de Flora est sommaire : elle apprend à lire, à écrire et à compter. En plus le frère de sa mère lui paie des leçons de dessin ce qui lui permet, à 17 ans, de commencer à travailler dans l'atelier d'André Chazal, un peintre graveur.

Chazal, 23 ans, se marie avec Flora en février 1821. Plus tard elle dira que sa mère l'a obligée. Quoi qu'il en soit, ses conditions de vie ont nettement améliorées. Elle passe beaucoup de temps à lire Rousseau, Lamartine et Madame de Staël et se sent de plus en plus enfermée dans ce mariage. La naissance de ses enfants, deux garçons Alexandre, qui mourra à huit ans, et Ernest, ne l'aidera pas non plus pour mieux s'adapter à cette vie de couple. Quand elle est enceinte pour la troisième fois elle n'a plus qu'un seul désir, c'est de s'échapper de son existence fastidieuse. Ernest étant en nourrice à la campagne, elle obtient l'accord de Chazal de le rejoindre avec leur fils aîné malade (une femme ne pouvait quitter le domicile familial sans l'autorisation de son mari). Flora se réfugie d'abord chez sa mère, puis elle vit seule quand sa fille, Aline, naît le 16 octobre 1825. C'est le seul enfant qui compte à ses yeux, mais elle doit travailler pour vivre. Ses enfants sont placés chez sa mère et elle travaille d'abord comme coloriste, puis dans une confiserie. A partir de 1826, pendant cinq ans, on ne sait pas exactement ce qu'elle fait. Selon ses propres dires, elle voyage en Suisse, en Italie et en Angleterre, en tant que dame de compagnie auprès de dames anglaises.

Son mari, jaloux, violent et n'admettant pas leur séparation, décide de faire compter ses droits de père et parvient à obtenir la garde d'Ernest, leur deuxième fils. Pour éviter qu'il fasse la même chose avec sa fille Aline, Flora s'enfuit avec celle-ci, sous un autre nom, pour arriver à Bordeaux après six mois de pérégrinations.

Elle écrit à la famille de son père et reçoit une réponse en octobre 1830, comme quoi on ne reconnaît pas sa légitimité mais que la grand-mère veut bien lui donner la part d'héritage destinée à un enfant bâtard. Après mûre réflexion, Flora décide de partir au Pérou pour retrouver la famille de son père en laissant Aline chez une connaissance. Elle n'a pas l'intention de dire à sa famille péruvienne qu'elle est mariée et mère de famille, donc elle part comme mademoiselle Flora Tristan. Dès le départ elle subit un choc : le capitaine du bateau, Zacharie Chabrié, l'avait rencontré cinq ans plus tôt quand elle prétendait être une veuve avec sa petite fille. Heureusement il est amoureux d'elle et promet de ne pas la trahir.

Au Pérou don Pio, son oncle, la reçoit dans sa maison, mais il lui refuse la reconnaissance légitime qu'elle espérait. Il lui donne quand même sa part d'héritage comme bâtarde, c'est-à-dire un cinquième de la fortune de son père. Grâce à cet argent Flora gagne son indépendance financière mais elle se considère désormais comme une paria : au Pérou où elle est une bâtarde et en France où elle n'a même pas le droit de divorcer (le divorce étant aboli depuis 1816). Elle décide de défendre les droits des femmes et des victimes d'ordre sociale. Les dix mois de voyage au Pérou lui fournissent du matériel pour son premier livre qui sera publié en 1837 sous le titre de Pérégrinations d'une paria. Dans ce livre elle décrit de façon critique tout ce qui l'intéresse : la politique, les mœurs, la religion au Pérou.

En 1835, de retour à Paris, elle fréquente les cercles littéraires et socialistes. Femme seule, devenue méfiante des avances des hommes, elle publie une brochure d'inspiration utopique (elle avait été influencée par les simonistes) sous ses initiales Mme F.T. - Nécessité de faire un bon accueil aux femmes étrangères - dans laquelle elle propose les statuts d'une organisation pour accueillir et loger des femmes seules.
Désormais elle se bat sur tous les fronts pour l'indépendance des femmes, pour le divorce, contre la peine de mort. Elle est admise dans le monde select des revues littéraires (à l'Artiste, le Voleur et même la Revue de Paris). Son premier livre est publié, suivi par son seul roman, Méphis.

En 1835 Chazal avait enlevé son troisième enfant, Aline, âgée de dix ans. Suite à cet acte, il y a un jugement de séparation de corps entre les époux en 1838. Chazal qui n'a jamais admis la séparation de sa femme décide de se venger et le 10 septembre 1838 il lui décharge un pistolet en pleine poitrine. Flora a un poumon perforé mais elle survit et la publicité autour de ce crime fait augmenter la vente de ses livres. Le 1er février 1839 Chazal est condamné à vingt ans de travaux forcés. Flora est enfin libre. Elle voyage en Angleterre pour étudier la société industrielle. Dès son retour elle essaie de mettre les gens en garde contre ce développement où le profit passe avant l'être humain. En mai 1840 elle publie Promenades à Londres.

Flora hésite entre une carrière littéraire ou un engagement au service des prolétaires. C'est cette dernière voie qui l'emporte. Elle publie une brochure L'union ouvrière, destinée aux travailleurs des ateliers, dans laquelle elle les incite à s'organiser contre l'exploitation.
Bientôt elle décide de voyager à travers la France afin de distribuer cette brochure et de parler directement avec les gens à qui ses écrits sont adressés.
En même temps elle cherche l'appui de personnes puissantes tels qu'Alphonse Lamartine, Eugène Sue, Victor Hugo, George Sand, et autres.
Après une semaine d'essai à Bordeaux en septembre 1843, elle part pour son tour de France. En même temps que de porter la bonne parole elle fait une enquête sociale avec l'intention de publier les résultats sous le titre Tour de France. Etat présent de la classe ouvrière. Epuisée par son voyage et malade, Flora meurt en novembre 1844 à Bordeaux d'une fièvre typhoïde et ce livre paraît posthume, en 1973 !

Après sa mort il y a deux souscriptions pour élever un monument, une à Bordeaux et une à Paris. Le résultat est une stèle commémorative (colonne brisée) sur sa tombe à Bordeaux avec l'inscription : à la mémoire de Madame Flora Tristan, auteur de L'Union Ouvrière. Les travailleurs reconnaissants. Liberté, égalité, fraternité, solidarité.

Même la mort n'arrête pas son travail politico-social et des cercles de solidarité pour les ouvriers sont créés. Le bilan dressé par ses contemporains est pourtant mixte : par exemple George Sand la critique sévèrement, tandis que d'autres gardent confiance dans ses idées. Ce n'est qu'au 20ème siècle qu'on lui accorde vraiment son importance.

Son petit fils, le peintre Gauguin, fils d'Aline, vivra un an au Pérou avec sa mère et sa sœur chez don Pio, avant de retourner en France.

Composition

Elza Daix
28/08/2007

Source:

Ce résumé est basé sur la documentation suivante disponible dans la RoSa base de données:

Mot clé: Tristan Flora 

Tristan, Flora
Vie, oeuvre mêlées. - Parijs : Union Générale d'éditions, 1973
T/0029

Baelen, Jean
La vie de Flora Tristan : socialisme et féminisme au 19e siècle. -
Parijs : Éditions du Seuil, 1972
T/0051
*Ill. cover T/0051

Bloch-Dano, Evelyne
Flora Tristan : la femme-messie. - Paris : Bernard Grasset, 2001
T/0659

Info: pour plus d'information regardez dans la RoSa base de données