Art

Féminisme et mouvement des femmes

Figures historique

Littérature

Politique

Sport

Sciences et technique

Femmes remarquables... Madame Roland

Jeanne-Marie, appelée Manon, Phlipon, née le 25 mars 1754 à Paris, est la fille d'un graveur. Elle est la seule survivante des sept enfants du couple Gatien Phlipon et Marguerite Bimont. Les deux premières années de sa vie elle est mise en nourrice près d'Arpajon, puis elle revient chez ses parents. Très jeune elle montre des aptitudes aux études, elle sait déjà lire à quatre ans et s'intéresse à tout. Son éducation est en grande partie autodidacte, et elle lit Plutarque, puis Bossuet et plus tard Montesquieu, Voltaire et Rousseau. 

* ill.

A l'âge de onze ans elle vit une phase de mysticisme chrétien et, à sa demande, est placée dans un couvent. Ici elle rencontre les demoiselles Cannet, Henriette et Sophie, venues d'Amiens, qui seront des amies à vie.

Après un an elle abandonne l'idée de devenir religieuse et retourne chez ses parents. Quand elle a plus ou moins vingt ans, sa mère meurt, la laissant seule avec un père qui se désintéresse de plus en plus de son travail et de son ménage. Finalement ils doivent déménager vers un appartement plus petit et Manon est obligée d'exiger le petit bien lui laissé par sa mère, pour éviter que le père ne le dépense dans le jeu. Le 4 février 1780 elle épouse le vicomte Jean-Marie Roland de la Platière, une connaissance des demoiselles Cannet, et même vaguement considéré comme le fiancé d'Henriette. Son mari a vingt ans de plus qu'elle, mais ils partagent le même amour pour la littérature et la philosophie. La première année de leur mariage ils habitent à Paris, puis ils déménagent à Amiens. Manon est une 'épouse modèle', adoptant les idées et les points de vue austères de son mari, et laissant de côté ses propres amies pour mieux s'occuper des relations de son époux. Le couple aura une fille, Marie-Thérèse Eudora, née le 4 octobre 1781. En plus de ses tâches ménagères, Manon apprend l'Anglais et l'Italien.
La famille de son mari rêve d'obtenir un titre de noblesse et c'est Manon qui part à Paris pour essayer de le négocier, étant plus habile et sociable que son mari, pédant et rigide. Elle ne réussit pas mais, comme une sorte de dédommagement, elle obtient l'Inspection des manufactures de Lyon pour son époux, ce qui plaît beaucoup à celui-ci.

En 1784 les Roland partent s'installer à Villefranche, dans la maison paternel. En plus de cette propriété la famille de Roland possède un vignoble à Theizé, appelé le Clos, qui deviendra la propriété de Jean-Marie suite à un arrangement de famille. Curieusement, jusqu'en 1788 Manon semble se désintéresser complètement de la politique. Pendant quatre ans elle mène une vie de campagnarde, elle botanise, lit les gazettes parisiennes et écrit à ses amis.

Mais les idées révolutionnaires atteignent la campagne. Roland est élu membre du Conseil Général de la Commune en 1790 et le ménage habitera d'abord à Lyon puis à Paris en 1791, où le salon de madame Roland est à l'origine du parti girondin. Parfois on dit qu'elle est 'chef du parti des girondins', mais ce n'est pas exacte : les girondins étaient composés de plusieurs clans, et Madame Roland est le chef ou plutôt l'inspiratrice du clan Roland, Lanthenas, Bosc, Buzot, Brissot, Pétion, etc.
Son salon est visité par les politiciens célèbres à l'époque, tels que Camille Desmoulins, Maximilien Robespierre, le marquis de Condorcet et François Nicolas Buzot, son admirateur platonique. En plus Madame Roland écrit des articles politiques, publiés par Brissot.

L'inspection des Manufactures est supprimée, ce qui signifie une perte de revenus de 5.000 livres pour le couple. Heureusement Roland, poussé par son ami Brissot, est nommé Ministre de l'Intérieur pour Louis XVI. Madame Roland est ravie parce que cela lui donnera l'occasion d'influencer certaines décisions, son mari ne pouvant plus se passer de son talent. Elle essaie de se rapprocher de Robespierre, mais sans succès.
Roland reste ministre pendant trois mois, puis il est remplacé par M. Mourgues. En août de la même année le roi est déchu et envoyé à la Tour du Temple avec sa famille. Roland redevient Ministre de l'Intérieur mais il donnera lui-même sa démission après la mort du roi, qu'il n'a probablement pas voulue.

Le couple conteste les pires excès de la Révolution et devient impopulaire, Madame Roland doit même se rendre personnellement à l'Assemblée pour repousser les fausses accusations, obtenant son acquittement par sa dignité et son aisance.

Mais les persécutions continuent. Le couple décide de se retirer au Clos et Madame Roland demande des passeports pour partir déjà avec sa fille. Malheureusement c'est trop tard : le 1 juin 1793, elle est arrêtée et incarcérée à la prison de l'Abbaye. Son mari s'échappe vers Rouen et leur fille est mise à l'abri chez Jacques Antoine Creuzé-Latouche.
Après vingt-quatre jours Madame Roland est relâchée pendant une heure, puis de nouveau arrêtée et placée à Sainte-Pélagie avec les filles publiques (sa première arrestation étant fait avec un papier non signé, on a exécuté cette farce pour l'arrêter de nouveau en toute légalité). Certains privilèges lui sont accordés et elle peut écrire ses Mémoires, 'appel à l'impartiale postérité' comme elle dit, et recevoir des visites occasionnelles.
Elle est accusée, à tord, de sympathies royalistes dans le but de pouvoir l'éliminer, pendant la purge Robespierrienne contre les girondins. Le 31 octobre Madame Roland est transférée à la Conciergerie. Elle sait qu'elle est perdue et refuse un avocat de défense pour ne pas le compromettre.

Le 8 novembre 1793, entre 9h et 14h30, elle est jugée, pour être guillotinée le soir même sur la Place de la République. Bien qu'à un moment donné elle avait demandé du poison à un ami, elle le jette pour mourir dignement, en vrai républicaine, toute habillée de blanc pour témoigner de la pureté de son âme.
Ses dernières paroles furent : 'O liberté, que de crimes on commet en ton nom !'

Prévenu de sa mort par la gazette et convaincu qu'il ne saurait vivre sans elle, son époux se suicide le 10 novembre 1793.

Madame Roland était considérée comme une femme intelligente et charmante, exprimant clairement ses idées politiques. A partir de 1790 c'est elle qui écrit tous les textes publiques signés Roland, probablement parce que son style est nettement plus lisible que le ton obscur de son mari…
C'est donc compréhensible qu'elle était considérée, par les Jacobins, comme un adversaire tellement dangereux qu'ils devaient l'éliminer. Jusqu'à sa mort Madame Roland a fait preuve de courage, tout en restant convaincue du bien-fondé de la révolution pour changer la société en mieux.

Composition

Elza Daix
03/05/2007

Source:

Ce résumé est basé sur la documentation suivante disponible dans la RoSa base de données:

Mot clé: Madame Roland

Madeleine Clemenceau-Jacquemaire
Madame Roland. - Paris : Librairie Plon, 1926. - 127 p.. -
(Nobles Vies - Grandes Oeuvres)
Met bibliogr.

* ill. couverture

Diaconoff, Suellen
Through the reading glass: women, books, and sex in the French
Enlightenment . - Albany : State University of New York Press,
2005. - 268 p. : ill.. - (SUNY series in feminist criticism and theory)
Met bibliogr.
ISBN 0-7914-6421-0

Info: pour plus d'information regardez dans la RoSa base de données