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Femmes remarquables... Radclyffe Hall 

Marguerite Radclyffe Hall - ill. RoSa n° T/535 Marguerite Radclyffe Hall (1880-1943) était un écrivain et une lesbienne flamboyante qui a jeté les bases du mouvement des droits des homosexuels et bisexuels. A son époque, elle était un personnage controversé pour son style de vie ouvertement lesbien et pour le roman 'The Well of Loneliness' ('La source de solitude'). 
Pour les générations de femmes lesbiennes ultérieures, elle était autant controversée qu'une modèle douteux.

Epicuriste
Marguerite Radclyffe Hall est née en 1880 en Grande-Bretagne. Elle était enfant unique de parents séparés. Son père, Radclyffe Radclyffe-Hall (Rat pour ses amis), la voyait rarement. Il est mort alors qu'elle avait dix-huit ans et lui laisse une fortune permettant sa fille de mener une vie indépendante à partir de ses 21 ans. Avec sa mère et son beau-père, elle a une relation difficile. Radclyffe Hall n'a aucune formation conventionnelle et ses visées de la vie à ce moment sont de s'amuser le plus possible.  Exception faite d'un poème occasionnel, elle remplit ses jours avec des chasses, des plaisirs et faire la cour à des femmes. Entre 1901 et 1907, Hall voyage en Amérique et à travers le continent européen en compagnie d'amies avec qui elle a une relation romantique et qu'elle entretient financièrement. En 1906, la jeune Hall publie un premier recueil de poèmes : 'Twix Earth and Stars'.

Partenaires
Cette vie de château prend fin lorsque Hall rencontre son premier grand amour : Mabel Batten (1858-1916), toujours appelée 'Ladye' par Hall. Elle est elle-même nommée 'John' par Mabel, un nom qu'elle utilisera pour le restant de sa vie. Mabel avait 23 ans de plus que Radclyffe Hall et est mariée à George Batten, secrétaire privé du vice-roi anglais en Inde. Elle était connue comme mezzo-soprano et compositeur et elle séjournait dans les cercles culturels. Hall l'idolâtrait, mais Mabel a eu des critiques sur le manque de formation et de productivité de Hall. Sous l'impulsion de Mabel, Radclyffe Hall commence à écrire plus régulièrement. Pendant les années suivantes, elle publie encore quatre recueils de poèmes. Lorsque le compagnon de Mabel décède, les femmes emménagent ensemble et ne font plus de secret sur leur relation.

Après quelques années heureuses, la différence d'âge commence à peser. En 1915, Radclyffe Hall entame une relation avec Una Troubridge, sa cadette de 7 ans, une nièce de Mabel et mariée avec le Capitaine Ernest Troubridge. Una sera le deuxième grand amour de Hall, avec qui elle restera jusqu'à sa mort. Mabel se sent gravement blessée par l'infidélité de Hall et pendant une dispute importante entre les trois, Mabel a une attaque. Elle meurt d'une hémorragie cérébrale. Una et John se sentent coupables. Mabel gardera une place importante dans leur vie. Elles font une relique pour elle dans leur maison et elles consultent plusieurs fois par semaine un médium pour entrer en contact avec Mabel.

Carrière litteraire
Dans les années 1920, la carrière de Hall comme écrivain prend un envol important. En 1924, 1925 et 1926, elle publie quatre romans : 'The Unlit Lamp', 'The forge', 'A Saturday Life' et 'Adam's Breed'. Les critiques sont à chaque fois élogieuses. Pour 'Adam's Breed', Hall reçoit le Prix Femina Vie Heureuse et le James Tait Black Memorial Prize. Radclyffe Hall est maintenant un écrivain connu et respecté. Elle est aussi tristement célèbre comme lesbienne. Elle vit en effet ouvertement avec Una, qui s'est séparée entre-temps. Hall a un style vestimentaire remarqué : très soigné et chic, mais masculin. La campagne calomnieuse de l'ex-époux de Una et l'affaire en justice que Radclyffe Hall mène contre lui pour cette raison, a augmenté cette visibilité.

Una et Radclyffe Hall partent du principe que les personnes  financièrement indépendantes ont l'obligation morale de reconnaître ouvertement leur identité lesbienne, en soutien de toutes celles qui ne le peuvent pas à cause des circonstances. En 1928, Hall publie son roman qui fait d'elle en même temps une icône et une martyre du style de vie ouvertement homosexuel : 'The Well of Loneliness'. Le personnage principal est  'l'inverse sexuelle' Stephen, une jeune femme qui se trouve dans « l'endroit le plus solitaire du monde », à savoir « le pays qui se trouve entre les deux sexes » .
Stephen est une âme tourmentée qui est éduquée par son père et rejetée par sa mère. Son amour passionnel pour les femmes est rejeté également par son entourage qui réagit avec incompréhension et mépris. L'accueil du roman n'est pas très différent. Il provoque un scandale, est interdit et retiré du commerce, parce qu'il représente un danger moral pour la nation. C'est seulement en 1949, après la mort de Radclyffe Hall, que le roman est de nouveau publié en Grande-Bretagne.

Dans les années 1920 et 1930, Radclyffe Hall et Una voyagent régulièrement en Europe. Elles ont connu de nombreuses amies lesbiennes. Hall publie encore deux romans : 'Master of the House' et 'The Sixth Beautitude' et un ensemble de nouvelles 'Miss Ogilvy Finds Herself'. La santé de Hall se dégrade et elle prend une infirmière russe à son service, Evguenia Souline. Hall tombe follement amoureuse d'elle et réussit finalement à séduire la jeune femme. Elle lui écrit une passionnelle et obsessionnelle lettre d'amour, parfois un peu agressive. A l'âge de 63 ans, Radclyffe Hall décède d'un cancer dans les bras d'Una. Après sa mort, Una veille à la mémoire de Hall, détruit une partie de sa correspondance et tient soigneusement l'image de la masculinité de Radclyffe Hall en état.

Imago
Marguerite Radclyffe Hall - ill. RoSa n° T/0535 Le fait qu'il est tellement difficile d'avoir une image juste de Radclyffe Hall n'est pas entièrement dû à Una Troubridge.  Aussi bien pendant sa vie qu'après sa mort, la vie de Hall, son style masculin et son livre 'The Well of Loneliness' ont provoqué des controverses, 'pas moins chez ses propres gens', comme elle appelait la communauté lesbienne. Dans les années 1920-1930, de nombreuses femmes lesbiennes n'étaient pas à l'aise avec l'attention publique que Radclyffe Hall avait attirée. La liberté qu'elles avaient tenait pour beaucoup d'entre elles en grande partie à l'apparence hétérosexuelle qu'elles essayaient de maintenir. Plus tard, la haine de soi même du personnage Stephen , qui se considérait elle-même comme anormale, a fait tiquer beaucoup de lesbiennes. De plus, Radclyffe Hall avait demandé au sexologue Havelock Ellis d'écrire une préface pour son roman pour ajouter à son plaidoyer la force pour l'acceptation sociale. Il a lui été fâcheux qu'elle reprenne le discours oppressif du monde médical de l'époque, lequel parlait d' "inversion" et liait le lesbianisme automatiquement à être masculine.

Il y a aussi très souvent aucune distinction entre le personnage Stephen qui a de nombreuses caractéristiques masculines et Radclyffe Hall elle-même et beaucoup ont gaspillé de l'encre à décrire la ressemblance et la différence entre l'auteur et son personnage. Radclyffe Hall semble pour beaucoup un modèle difficile à digérer : dans un certain sens, elle vit la vie d'un petit bourgeois avec ses cigares, ses chiens et une maîtresse qu'elle entretient dans le dos de sa femme. Elle s'attendait à de la fidélité pendant qu'elle n'était pas fidèle elle-même. 

Radclyffe Hall et Una Troubridge sont également un modèle pour les relations butch-femme, où dans une relation lesbienne il existe une disctinction claire entre le rôle masculin et féminin, un modèle qui était inacceptable surtout dans les années 1970, lorsqu'il y avain un fort accent sur les relations égalitaires.

 Depuis, Radclyffe Hall est toutefois régulièrement rattrapée, chaque fois avec d'autres accentuations. Elle est vantée entre autres pour son remarquable plaidoyer pour l'acceptation sociale des homosexuels et lesbiennes, pour son courage d'être ouvertement lesbienne, pour son lesbianisme stylé, pour l'accent sur la sexualité comme partie de l'amour lesbien, pour les revendications des privilièges masculins et pour son style d'écriture romantique.

Rédigé par Hildegard Van Hove - octobre 2005
Traduit par Audrey Linchamps - février 2009

Ce bref aperçu est basé sur la documentation disponible  dans la bibliothèque RoSa

LIVRES

Baker, Michael
Our three selves : a life of Radclyffe Hall
Londen : Hamish Hamilton, 1985 - RoSa Exemplaarnummer T/0169

Cline Sally
Radclyffe Hall : a woman called John
London : John Murray, 1997 - RoSa Exemplaarnummer T/0535

Doan, Laura & Prosser, Jay (eds.)
Palatable poison : critical perspectives on The Well of Loneliness
New-York : Columbia University Press, 2001 - RoSa Exemplaarnummer GIV2a/0385

Hamer, Emily
Britannia's glory : a history of twentieth-century lesbians
London, New York : Cassell, 1996 - RoSa Exemplaarnummer Ag/0031

ARTICLES
Love, Heather
Hard times and heartaches: Radclyffe Hall's The Well of Loneliness
In: JOURNAL OF LESBIAN STUDIES; volume 04 nr 02 (2000), p.115-128

Radclyffe revisited. - In: DIVA; (02 1998), p. 36-37

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