Maria Sibylla Merian mène une vie singulière et polyvalente en tant
qu'artiste et biologiste à la fin du 17ème et début 18ème
siècle.
Elle est née en avril 1647 à Francfort-sur-le-Main, en tant que premier
enfant issu d'un deuxième mariage du peintre et éditeur Matthäus Merian
et Johanna Sibylla Heim. Quand elle a 3 ans, son père décède et l'année
suivante, sa mère se marie avec Jacob Marrel, peintre de natures mortes et
commerçant de fleurs et de tableaux.
Dejà petite, Maira Sibylle se trouve dans un milieu cosmopolite :
son père est né à Bazel et plus tard déménage à Francfort, sa mère est
une descendante d'une famille de prédicateurs wallons qui ont émigré
depuis les Pays-Bas vers Hanau, son beau-père est originaire d'une famille
d'émigrés néerlandais et a longtemps habité à Utrecht avant son mariage
et plus tard, il faisait régulièrement la navette entre Francfort et
Utrecht.
Formation
Maria Sibylla reçoit sa formation artistique à l'atelier de Jacob
Marrel, comme Johann Andreas Graff, son futur époux. Elle apprend à
dessiner, à préparer les peintures, à faire des aquarelles, à graver les
plaques de cuivre et à imprimer. Sans aucun doute, elle apprendra aussi la
broderie avec sa mère, la part de formation d'une femme de maison.
La différence entre la formation de Maria Sibylla et les autres étudiants
est surtout qu'elle ne voyage pas après ses études. Matthäus Merian va à Amsterdam, Londres, Paris, Nuremberg et différentes
villes italiennes.
Le fonds d'imprimerie de son père existe à travers des pucblications
topographiques et scientifiques et en 1642, il édite à nouveau le « Florilège »
de son premier beau-père Johann Theodor de Bry, un livre qui aura une grande
influence sur Maria Sibylla. Plus tard, les héritiers éditent encore l' « Historiae
Naturalis de Insectis » de John Jonston.
Peintre et entomologiste
Maria Sibylla s'exerce, après une première phase de peintures florales
traditionnelles jusqu'à devenir une spécialiste d'entomologie. A partir
de 1660, elle s'occupe d'étudier le développement du ver à soie, peut-être
encouragée par la culture du ver à soie des immigrants néerlandais à
Francfort. Le frère de Jacob Marrel s'en occupe aussi et au début, il espère peut-être
découvrir une nouvelle sorte qui serait utilisable dans les filatures.
En mai 1665, Maria Sibylla se marie avec Johann Graff et ils résident
encore 5 ans à Francfort. Après, en 1670, ils déménagent à Nuremberg avec
leur petite fille âgée de deux ans, Johanna Helena. Huit ans plus tard, naît
une deuxième fille, Dorothea Maria Henrica.
Maria Sibylla s'occupe de l'entretien du foyer et de l'éducation de
ses filles, mais aussi de peintures à l'eau et à l'huile de fleurs, de
fruits, d'oiseaux et d'insectes. Elle peint aussi des textiles avec des
couleurs lavables, brode des motifs floraux et d'animaux et elle a un cercle
d'étudiantes avec qui elle fait des gravures sur cuivre des modèles de
broderies. Plus tard, elle travaille aussi dans l'outillage et les
substances de peintures.
La première publication de Maria Sibylla est son 'Livre sur les fleurs'
qui paraît entre 1675 et 1680 en trois fascicules avec onze planches de
fleurs, des couronnes et des bouquets décoratifs qui doivent servir de
patrons pour les amateurs de peinture et de broderie. En même temps, elle
travaille à la première partie de son 'Livre sur les chenilles » qui
est publié en 1679 par l'imprimerie de son époux. Elle se développe aussi
comme peintre de fleurs et comme entomologiste qui inventera une nouvelle
forme d'illustrations entomologistes par un lien entre les motifs floraux et
d'insectes. Les notes dans son cahier d'études montrent aussi que Maria
Sibylla étudie systématiquement dans son jardin les insectes - elle
appelle les papillons « les oiseaux de l'été » et les
chrysalides « les noyaux de dattes » - et
elle cultive aussi.
Quand sont beau-père décède le 11 novembre 1681, Maria Sibylla retourne avec ses deux filles chez sa mère à Francfort. Son compagnon suivra plus tard. A ce moment-là, elle repousse ses études à plus tard. Avec ses dessins minutieux, Maria Sibylla, qui appartient à la communauté luthérienne, veut vanter Dieu en tant que créateur, même du plus petit organisme.
Labadistes
De retour à
Francfort, elle traverse un important changement religieux quand elle entre en
contact avec la secte des Labadistes (un mouvement piétiste, appelé
ainsi par le prédécesseur français Jean de Labadie, et qui s'éteind vers
1732). En juin 1685, elle part avec sa mère et ses filles vers une commune
labadiste à Wieuwerd, dans les environs de Leeuwarden. Johann Graff ne la
suit pas et c'est la fin de leur mariage.
Les
femmes habitent à Waltha State, une communauté où Caspar Merian a déjà été
retrouvé en son temps. C'était une changement profond car non seulement
elles adhèrent à la doctrine de Jean Labadie, elles doivent aussi prendre des
distances avec les valeurs matérielles. Johann Graff essaie en vain de faire
revenir sa femme et après quelques années, essaiera de se séparer pour se
marier à nouveau.
Contrairement à certains membres de la communauté, Maria Sibylla peut régulièrement
continuer son étude des insectes indigènes. C'est là également qu'elle
fera la connaissance des collections de plantes tropicales et des animaux que
les membres de la communauté ont importés de la colonie néerlandaise, le
Surinam. Elle commence son 'Livre d'études' dans lequel elle classe et
décrit son étude des insectes récoltés plus tôt, et elle développe aussi
une journal de travail avec sa méthode d'étude. Caspar décède en 1686 et
sa mère en 1690. Elle reste encore jusqu'à l'été 1691 et déménage
ensuite vers Amsterdam.
Après son départ de la secte, Maria Sibylla doit s'entretenir elle-même
et prévoir l'entretien de ses filles. Elle fait cela de différentes manières :
elle a déjà un commerce de produits de peinture, vend des insectes préparés
pour les collectionneurs et des aquarelles des métamorphoses des insectes
avec les plantes dont ils se nourrissent, et elle donne probablement des leçons
de dessins en plus.
Au Surinam
En juin 1699, elle part au Surinam pour étudier sur place les insectes
exotiques. Elle fait cela à ses propres frais et est seulement accompagnée
de sa fille Dorothea Maria (sa fille aînée s'est mariée en 1692). Après leur arrivée,
elles habitent à
Paramaribo d'où elles entreprennent différentes excursions dangereuses
surtout pour les 52 ans de Maria Sibylla, à l'intérieur du pays. Suite au
climat, elle ne peut pas travailler comme elle le souhaiterait mais
lorsqu'elle revient le 23 septembre 1701 aux Pays-Bas, elle a pourtant un
important matériel d'étude existant à travers ses dessins, ses
descriptions, ses insectes préparés et les reptiles.
L'année de son retour, sa plus jeune fille avec le chirurgien Philip
Hendriks originaire d'Heidelberg et Maria Sibylla habitent chez eux à
Amsterdam. L'année suivant sa fille aînée part avec son compagnon au
Surinam.
Oeuvre
Jusqu'en 1705, l'artiste a deux grands projets : la mise au point
de son étude au Surinam pour publier un livre, le 'Metamorphosis insectorum
Surinamensium', avec des gravures sur cuivre et la dédicace pour les
illustration de D'Amboinsche Rariteitkamer de Georg Everhard Rumphius.
Pour ce dernier, elle doit utiliser un système de classification.
Plus tard,
Carolus Linnaeus fera plusieurs classifications du livre de Merian sur le
Surinam et les chenilles. Il appelle même un papillion, le Papilio
sibilla,
et une mite, la Phalaena merianella, d'après le nom de Maria Sibylla
Merian.
Elle continue à travailler constamment et l'intérêt
pour son travail reste important : un des acheteurs est le tsar russe
Peter de Grote quand elle réside aux Pays-Bas en 1716-1717.
Après sa mort, le 13 janvier 1717, le tsar
russe achète
encore plusieurs de ses oeuvres, et sa fille Dorothea, mariée maintenant avec le peintre suisse Georg Gsell, accepte son invitation pour aller à
St Petersbourg où son mari devient peintre de la cour et elle donne des leçons
de dessins.
La dernière partie de son 'Livre sur les chenilles' est publié après
sa mort. Les oeuvres de Maria Sibylla paraissent entre 1675 et 1771 dans
dix-neuf imprimeries. Elle était donc populaire pendant sa vie et encore après
sa mort. Ses dessins ont été copiés et souvent vendus comme planches à
part. En Chine, on a même fabriqué, en dédicace, des porcelaines avec des
présentations de Merian.
Rédigé par Elza Daix - juin 2005
Traduit par Audrey Linchamps - février 2009