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Femmes remarquables... Joke Smit

Joke Smit. - ill. RoSa n°. FIIa/0311La revue contestataire De Gids présentait en novembre 1967 un numéro spécial concernant le sujet 'malaise'. Un des 38 articles était de la main d'une certaine Joke Smit et portait le titre 'Le malaise chez la femme'. L'impact de cet article a été phénoménal. Basé sur ses propres sentiments, Smit a esquissé très clairement la situation de la femme à la fin des années 1960. Où d'autres collaborateurs se sont exprimés sur leur inquiétude de l'évolution des techniques, des situations politiques et de guerre, Joke Smit est la seule à parler de ses sentiments personnels de malaise, de son mécontentement quant à sa propre situation et à la situation de la femme.

Des centaines, des milliers de femmes ont immédiatement lu l'article et encore plusieurs années après, de nombreuses femmes le conseillent à d'autres femmes. Toutes ces femmes se reconnaissent dans les expériences de Joke Smit. L'article entraîne également de nombreuses réactions de la part des femmes qui remarquent que Smit a écrit sur une chose que l'on avait découvert depuis longtemps déjà sans pouvoir y mettre les mots : le poids de la maternité, l'impasse abrutissante de la femme mariée, le fait que les femmes travaillant à l'extérieur ne sont pas bien considérées ... 

L'impact de cet article peut difficilement être sous-estimé : par la suite, on a remarqué le début d'une nouvelle vague d'émancipation aux Pays-Bas. Cela a créé une rupture avec le passé : par opposition aux féministes, Joke Smit apporte une situation concrète et réclame de réelles mesures. Ainsi, elle plaide pour la mise en place d'une mentalité en faveur de la contraception, le droit de décision de la femme en matière d'avortement, l'institution de valeurs légales pour l'égalité de l'homme et de la femme sur le marché de l'emploi, la redistribution des emplois payés et non-payés entre les hommes et les femmes, une meilleure législation fiscale, etc ...

Qui était Joke Smit ?
Johanna Elisabeth Smit est née le 27 août 1933 à Utrecht et est l'aînée de six enfants. Tant sa mère que son père étaient impliqués dans la société et ils étaient membres actifs de plusieurs associations différentes. Dès son plus jeune âge, Joke Smit est entrée en contact avec les idées féministes, surtout par sa mère qui était présidente de la Vrouwenunie van Nederlandse Christen Geheelonthouders Verenigingen (l'Union des femmes des Associations chrétiennes antialcooliques néerlandaises) et qui faisait aussi partie du Conseil néerlandais des femmes. Plus tard, en tant qu'étudiante au Lycé Chrétien d'Utrecht, elle lit entre autres les travaux de Simone de Beauvoir et de Jean-Paul Sartre.

Formation et carrière
Après le lycée, ses parents lui offrent la possibilité de poursuivre ses études. En ce temps-là, ce n'était pas un choix évident pour les filles : beaucoup d'entre elles arrêtaient leurs études après le dernier examen de l'école ménagère. En 1951, Joke Smit commence des études de langue et de littérature française. Elle commence à Utrecht mais change d'école plus tard pour aller à l'Université communal d'Amsterdam où elle réussit sa licence en 1955. Avec son diplôme en poche, elle devient enseignante de français dans l'enseignement secondaire. Trois ans plus tard, elle obtient son doctorat. 

Entre-temps, Joke Smit s'est mariée avec Constant Kool, un enseignant de mathématiques. En 1961, leur fils Lieuwe naît. Durant les quelques années suivants, Joke travaille comme critique de littérature française et néerlandaise, surtout en tant que correspondante à Paris pour Het Parool et NRC. Plus tard, elle devient rédactrice (1961-1967) et secrétaire de rédaction (1963-1966) pour le magazine littéraire Tirade. En 1967, elle se met au travail en tant que principal collaborateur scientifique à l'Institut de Traduction de l'Université d'Amsterdam, une fonction qu'elle exercera jusqu'à sa mort. 

En tant que mère de deux enfants - en 1964, sa fille Elisabeht naît - et travailleuse, Joke Smit rencontre des problèmes auxquels des milliers de femmes sont confrontées en ce temps-là. Elle découvre à quel point les dispositions pour des femmes travaillant et ayant des enfants sont mal organisées, à quel point les gens réagissent négativement avec les mères actives et évidemment comment sont perçus les pères qui travaillent pendant que leurs femmes restent à la maison avec les enfants. En 1966, elle ose pour la première fois assister publiquement à une conférence sur un thème féministe, autour d'une loi concernant l'interruption volontaire de grossesse. Un an après, appraît « Le malaise chez la femme » dans De Gids.

Théoricienne fanatique
La force émanant de cet article touche d'innombrables femmes. Encouragée par de nombreuses réactions sur l'article paru dans De Gids, Smit entame avec, entre autres, Hedy d'Ancona en 1968 la création du groupe « Société-Homme-Femme ». L'objectif était de rompre les rôles des sexes depuis longtemps figés. Un large éventail de mesures doit être mis en place pour réaliser cet objectif (entre autres, l'enseignement doit encourager le bouleversement des rôles sociaux traditionnels, étendre les dispositions des crèches, réduire le retard légal entre les femmes mariées et célibataires, la légalisation de l'avortement sur demande, ...). Joke Smit devient présidente et excera cette fonction jusquen 1970.

Er is een land waar vrouwen willen wonen, Joke Smit. - RoSa n°. FIIa/0311Aussi bien dans son travail chez « Société-Homme-Femme » qu'en dehors, elle s'est mise en avant comme un penseur et en particulier une théoricienne féministe bien instruite. Elle est l'idéologiste principale de « Société-Homme-Femme ». Smit a tenu à écrire des textes : aussi, avant son engagement dans le mouvement féministe, elle a écrit de nombreux articles en tant que critique littéraire. Après l'article dans De Gids, un courant a suivi dans les années suivantes avec des écrits, des contributions et des exposés théoriques au sujet de ses idées. Les théories et notions qu'elle a écrites, ne sont pas venues comme ça mais sont le résultat d'un minutieux mécanisme de la pensée dans lequel elle a longtemps tout laissé mûrir.

Joke Smit est convaincue de l'utilité d'influencer la politique. Les femmes, selon elle, doivent s'engager dans la société, c'est seulement ainsi que les choses pourront changer. En 1970, elle joint l'acte à la parole avec sa participation au Conseil communal d'Amsterdam, en tant que membre du conseil pour le parti socioaliste-démocrate PvdA. En tant qu'unique conseiller municipal féministe, son objectif était de pouvoir réaliser un certain nombre des points à l'ordre du jour de « Société-Homme-Femme ». Il est rapidement clair que l'époque n'était pas prête pour cela. De plus, elle ne peut pas combiner son engagement politique avec ses occupations féministes et en 1971, elle abanbonne le Conseil communal d'Amsterdam. Elle reste très active au sein du PvdA, notamment en tant que rédactrice de Socialisme en Democratie, le mensuel du bureau scientifique du parti.

Malgré son expérience négative au sein du Conseil communal d'Amsterdam, Joke Smit reste une figure axée sur la politique. Elle est particulièrement pragmatique et veut changer les choses. Smit ne craint pas de collaborer avec des hommes : dès le début, il y avait des hommes impliqué dans le travail de « Société-Homme-Femme », parmi lesquels se trouve son compagnon Constant Kool de qui elle se sépare en 1974. Pendant un temps, à l'intérieur des mouvements de femmes, il était de bon ton de dédaigner les organisations de femmes et partis traditionnel, mais Joke Smit a encouragé la collaboration et la concertation. Elle voulait surtout résoudre les problème principaux et n'avait pas de temps à gaspiller avec des affaires qui pouvaient être encore réglées plus tard : elle trouvait que l'organisation des crèches, par exemple, était plus importante que le fait qu'elles seraient anti-autoritaire ou non. Les pensées radicales féministes ne l'attiraient pas trop : Smit était beaucoup trop pragmatique et trop axée sur la politique. Pourtant, on retrouve aussi dans ses écrits des aspects de cette tendance radicale, comme par exemple l'attention pour les discours d'oppression : selon Smit, la raison pour laquelle les intérêts des femmes n'étaient pas pris en compte en politique est en partie due au statut de groupe minoritaire qu'ont les femmes.

Une féministe polyvalente
Ses idées féminisites, Joke Smit pouvait aussi les délivrer dans toutes les commissions et organisations où elle a coopéré ou fait partie. Ici aussi, elle s'est surtout fait connaître en tant que théoricienne. A partir de 1971, elle est membre du conseil de programme « Televisie van de NTS » (NOS). Smit développe un concept pour un programme télévisé féministe, en 1975, réalisé et diffusé sous le titre "Ot... et ou en est Sien avec tout ça?" (Ot... en hoe zit het nu met Sien?). 

Entre 1974 et 1976, elle fait partie de la Commission Ecole Ouverte où elle plaide pour de meilleures possibilités de formation pour les femmes. Elle obtient sa nomination en grande partie pour être remercier de sa note « La mère de Marie est capable de beaucoup plus », publiée en 1973 pour la Commission de la formation et du développement au travail des adultes. Fin des années 1970, elle travaille sur ces sujets à la Commission de l'enseignement du conseil économique et social.

Joke Smit a fourni une importante contribution au dévelloppement de la politique d'émancipation néerlandaise. Les termes de 'politique d'émancipation' ont d'ailleurs été apportés par elle. En 1973, à l'occasion des 5 ans d'existence de « Société-Homme-Femme », Joke Smit et Constant Kool publient une pièce avec pour titre "Den Uyl, il est temps pour une politique d'émancipation." Avec le soutien de « Société-Homme-Femme », la pièce est offerte au cabinet-Den Uyl où elle est reçue favorablement. Suite à cela, une Commission d'émancipation a été créée où Joke Smit particperait jusqu'en 1981.

En septembre 1980, il apparaît que Joke Smit souffre d'un cancer des poumons. Elle refuse de capituler sans coup férir devant sa maladie. Pendant la dernière année de sa vie, elle écrit encore beaucoup, surtout concernant la stratégie des mouvement féminins. Dans une interview avec Hedy d'Ancona pour le mensuel Opzij, durant l'été 1981, elle passe en revue 15 ans de lutte féministe. Elle y tient notamment un ardent plaidoyer pour la collaboration des femmes avec différents partis politiques. L'interview donne lieu à la convocation d'une concertation «grande largeur » entre les femmes parlementaires des deux Chambres. La concertation régulière des femmes au-delà des frontières de partis a persisté jusqu'en 1994.
Joke Smit décède le 19 septembre 1981. Elle a alors 48 ans.

Rédigé par Annemie Vanthienen - février 2006
Traduit par Audrey Linchamps - février 2009

Ce bref aperçu est basé sur la documentation disponible  dans la bibliothèque RoSa  

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