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Femmes remarquables... Mary Kingsley
Une exploratrice victorienne

Maria Henrietta Kingsley, née le 13 octobre 1862, quatre jours après le mariage de ses parents, est la fille unique de George Kingsley (lui-même frère de l'écrivain Charles Kingsley) et Mary Bailey. Son père est médecin et il a voyagé pendant des années au service de plusieurs personnes importantes, tels que le Duc de Norfolk, le Duc de Sutherland et l'Earl d'Ellesmere, une situation qui satisfaisait son plus grand désir : faire des voyages lointains. Son mariage n'y change rien, déjà en novembre il repart vers la Méditerranée, laissant le soin de son ménage à son frère Henry. Mary Bailey, la mère de Mary Kingsley, est la fille d'un cafetier. Elle travaillait pour George Kingsley, probablement comme cuisinière. Grâce à ce mariage elle gagne en standing et ses enfants - en 1886 un garçon, Charles George, est né - échappent au statut de bâtards. Pour la famille de George, par contre, il s'agit d'une mésalliance, et en même temps Mary Bailey s'éloigne de sa propre famille. Le résultat est qu'elle souffre de neurasthénie et passe de plus en plus de temps dans son lit, soignée par sa fille.

* ill.

La jeune Mary passe sa jeunesse dans une maison sombre, sans contact avec des enfants de son âge. Le seul point lumineux est la bibliothèque de son père, comprenant une sélection extensive de récits de voyage et une collection d'objets exotiques. Il est impossible de savoir comment elle a appris à lire parce qu'elle n'avait pas de gouvernante, elle n'a jamais été à l'école et il est peu probable que sa mère sache lire. Peut-être que son frère lui a appris l'alphabet et qu'il lui a passé ses livres d'école. Personnellement elle est convaincue qu'elle est très mal instruite, pourtant elle a étudié toute seule le physique, le latin et la chimie. Ce qu'elle a certainement appris à la maison, c'était de parler avec un accent cockney très prononcé et de jurer, deux occupations tout à fait opposées à son standing de dame victorienne. A un âge très précoce elle prend la gestion du ménage, le personnel consistant d'une dame âgée et d'un jardinier.

En 1867 George commence son voyage le plus long et le plus lointain, vers les Southsea Islands, au service de l'Earl de Pembroke. Comme co-auteurs, ils décriront cet expédition sous le titre de 'South Sea Bubbles'. Pendant trois ans ils voyagent d'île en île et George envoie des descriptions de ses aventures exotiques, avec des explications botaniques et zoologiques pour sa fille, la savante, comme il l'appelle.

En 1879, la famille déménage vers Bexley Heath, à la campagne, à cause de la santé de madame Kingsley. La maison légèrement délabrée donne l'occasion à Mary d'utiliser amplement ses compétences pratiques : elle bricole avec l'aide d'un livre The English Mechanic.
Pour les études de son frère Charles, ils déménagent à Cambridge en 1884. Ici Mary passe quelques années heureuses. Quand son père arrête de voyager pour des raisons de santé elle rencontre ses connaissances et elle se fait aussi des amies, telles que Lucie Toulmin Smith et Violet Paget. En plus elle apprend l'allemand pour aider son père dans ses études.

En 1892 ses parents meurent, d'abord son père, suivi quelques mois plus tard par sa mère. Mary continue à faire le ménage pour son frère. Heureusement Charles décide de partir pour l'Extrême-Orient, lui laissant enfin la liberté de partir en voyage aussi. Mary choisit les Iles Canaries, où elle a son premier contact avec l'Afrique occidentale en faisant la traversée et en écoutant les histoires des Européens sur place. En retournant en Angleterre en 1892, elle a déjà décidée de retourner en Afrique plus tard.
Charley revient aussi et elle se sent obligée de reprendre les tâches ménagères. Ils déménagent à Londres. Mary trouve un prétexte pour un voyage en Afrique occidentale dans la finition d'une œuvre anthropologique de son père. Elle prépare son départ de façon organisée et elle essaie de limiter ses bagages personnels au strict minimum nécessaire (un peu obligé aussi parce qu'elle n'est pas riche). En plus elle veut voyager comme négociante en marchandises pour faciliter le contact avec les habitants, mais d'abord elle doit attendre un nouveau départ de Charley.

En été 1893 elle embarque sur un cargo naviguant le long de la côte ouest de l'Afrique et faisant escale régulièrement. Début septembre elle débarque à Sao Paolo de Loanda (Angola portugais) et à partir d'ici elle voyage à pied à travers Cabinda, le Congo et le Cameroun jusqu'à Calabar, pour retourner en Angleterre en janvier. Elle vit des aventures passionnantes, soigne des malades - elle avait suivi un cours d'infirmière - mange la même chose que les indigènes et s'intéresse beaucoup aux croyances locales qu'elle rassemble sous le mot fetish.

Le retour à la maison est un choc culturel énorme. Dans les petites chambres de l'appartement elle rêve d'Afrique et toute l'année suivante est consacrée à des préparatifs pour un nouveau départ. En biologie elle s'intéresse surtout aux poissons et, avec l'aide de Albert Charles Günther du British Museum, elle étudie les espèces différentes et elle reçoit aussi un équipement scientifique pour conserver des poissons et des insectes. Mary commence l'écriture d'un récit de son voyage qu'elle appelle les Bights of Benin, et qui intéresse l'éditeur Mc Millan avec qui elle signe un contrat. L'œuvre ne paraîtra jamais sous ce titre parce qu'elle la juge trop dilettante, mais le contenu sera utilisé plus tard pour écrire Travels in West Africa et West African Studies.

En décembre 1894 Charley est reparti vers Singapore et Mary accompagne l'épouse du gouverneur du Niger Coast Protectorate, Lady Mac Donald, qui va rejoindre son mari en Afrique occidentale. Arrivée à Calabar elle y reste jusqu'en mai pour soigner des malades pendant une épidémie de typhus, mais en même temps elle s'occupe de collecter et de préserver des insectes et des poissons, et elle étudie des tribus locaux.
Elle rencontre Mary Slessor, un missionnaire presbytérienne écossaise, vivant toute seule dans un petit village. Malgré son aversion des missionnaires et de leurs actes (elle est convaincue que l'Islam serait une religion plus adaptée pour les locaux) les deux femmes deviennent amies. Plus tard Mary Slessor sera nommée vice-consul de Okoyong, la première femme à ce poste dans l'empire britannique.

Fin mai 1895 Mary arrive au port de Glass, pas loin de Libreville, la capitale du Congo français. Comme négociante elle a un accord avec la compagnie Hatton et Cookson (elle échange des perles, des hameçons, du tabac et d'autres marchandises contre du caoutchouc et de l'ivoire). Accompagnée de monsieur Hutton de cette compagnie, elle voyage vers la rivière Ogowé et passe entre autres à Lambaréné. Sur la rivière elle apprend à manipuler toute seule son canoë, un art dont elle est très fière. Elle étudie le tribu local (les Fan) connu pour être des cannibales. Plus tard, dans son livre, elle écrira que ce tribu et elle reconnaissaient, chacun de leur côté, que l'autre appartenait à une race avec qui il est mieux de boire que de se battre. En juillet elle entreprend une excursion à travers le forêt équatorial du Rembwé, accompagnée de cinq hommes du tribu Galoa.

Ses aventures sont légion : grâce à ses multiples jupons elle survit à une chute dans un trou aménagé avec des pics pointus pour la chasse aux bêtes sauvages, elle traverse un marécage avec de l'eau jusqu'au cou pour en sortir avec un collier de sangsues, elle chasse un crocodile qui essaie de monter dans son canoë …
Plus tard elle sera la première femme escaladant le Mungo Mah Lobeh (une montagne au Cameroun), le pic le plus haut en Afrique.
Après maintes pérégrinations elle retourne en Angleterre fin novembre 1895, où elle a déjà averti Mc Millan que d'autres éditeurs s'intéressent au récit de son voyage, et qu'elle a besoin d'argent.

En 1896 elle est une célébrité en Angleterre, après avoir donné sa collection d'insectes, de reptiles et de poissons au Britisch Museum. Trois poissons, jusqu'alors inconnus, seront nommés en son honneur : Ctenopoma kingsleye, Mormyrus kingsleye et Alestes kingsleye. Son frère n'est pas encore revenu et Mary combine l'écriture avec des tournées réussies de conférences. En attendant la publication de son livre elle écrit des articles tels que The Development of Dodos (une attaque contre les missionnaires en Afrique) et Black Ghosts (concernant le fetish). Une contradiction typiquement victorienne est que sa conférence pour le Liverpool Geographical Society doit être lue par James Irvine, tandis que Mary est assise à côté de lui sur le podium, parce que les statuts de cette société n'acceptent pas le membres féminins.
En juin Charley rentre à la maison, complètement fauché.
Après un an de travail acharné, Travels in West Africa est publié en janvier 1897, plus que 600 pages et un best seller dès le départ. Mary fait la connaissance de plein de gens intéressants, et Alice Green, veuve d'un historien en auteur elle-même, devient sa meilleure amie. Cela ne l'empêche pas de se sentir étouffée en Angleterre et d'aspirer à repartir. Tout doucement elle se prépare pour partir en avril 1897, quand Charley devient malade et qu'elle doit rester pour le soigner. Mary continue ses conférences, ce qui lui donne une meilleure idée de ce qui intéresse ses lecteurs. Elle décide de faire une version écourtée de son livre en éliminant le fetish et en ne gardant que le récit du voyage. En même temps elle écrit un deuxième livre West African Studies et elle est demandée pour soigner des membres malades de sa famille ou des connaissances.

A partir du 1er janvier 1898 une taxe est levée sur les cabanes au Sierra Leone, causant du chaos et une révolte de la population. Mary, qui s'oppose à cette taxe, conseille à Joseph Chamberlain de la supprimer et de chercher d'autres moyens pour remplir le trésor publique.
Le même mois elle devient gravement malade, souffrant d'une grippe dont elle a du mal à guérir.
Toute en étant, par principe, contre les femmes participantes à des sociétés scientifiques - bastions mâles chauvinistes - l' Anthropological Society, de l'Empire League et de la Folklore Society acceptent Mary comme membre.

En août de la même année Mary et Charley quittent leur petit flat pour une maison, sans doute payée par Mary qui gagne bien sa vie, tandis que son frère, plein de plans utopiques, ne réalise rien.
Fin janvier 1898 West African Studies est publié, de nouveau un best seller avec des critiques très favorables. Quelques semaines plus tard, Mary a 35 ans, elle tombe amoureuse de Matthew Nathan, un officier juif et secrétaire du Colonial Defense Committee, qui partira quelques mois plus tard pour Sierra Leone comme remplacement temporaire du gouverneur. En aôut quand elle n'a toujours pas reçu de réponse à une longue lettre qu'elle lui a envoyée, elle comprend s'être trompée dans ses sentiments pour elle.
Mary rêve toujours d'un retour en Afrique, mais son départ est décalé en attendant que Charlie se décide de voyager de nouveau vers l'Extrême Orient. En attendant, elle écrit un petit livre The Story of West Africa. Entre temps la guerre éclate dans l'Afrique du Sud et Mary pose sa candidature comme infirmière, avec l'arrière-pensée de retourner en l'Afrique occidentale où cette fois-ci elle voudrait bien visiter le nord du Niger.

Elle part de Southampton le 10 mars 1900 sur un navire de guerre. Très vite son travail comme infirmière commence quand beaucoup de soldats deviennent malades à cause des circonstances de vie à bord. Cela ne l'empêche pas d'écrire encore deux textes intéressants : le premier, une sorte de roman d'aventures appelé An Early African Voyage, et le deuxième, une longue lettre à l'éditeur du New Africa, dans laquelle elle expose ses points de vue sur l'importance du maintien de la société africaine et contre la colonisation et la conversion au christianisme.

Le bateau amarre à Cape Town le 28 janvier. Mary est assignée à soigner les prisonniers Boer dans un 'nouvel' hôpital à Simonstown. Les malades vivent dans des circonstances atroces et le manque de personnel soignant est aigu. Pendant ses heures de liberté Mary visite Rudyard Kipling et sa famille, qui ont une grande admiration pour elle.
Mi-mai Mary tombe malade : exténuée par le travail désespérant, elle souffre continuellement de fièvre. Elle prétend qu'elle sera bientôt guérie mais finalement elle doit admettre qu'elle est atteinte du typhus exanthématique, dont sont morts la plupart de ses patients.
Le 1er juin elle est opérée d'urgence d'un intestin perforé. L'opération réussit mais elle est trop faible pour survivre. Son dernier souhait est d'être enterrée en mer.
Elle meurt le 3 juin 1900 et, étant une héroïne de guerre, son enterrement se passe avec les honneurs militaires. Quand son cercueil refuse de couler on est obligé de le poursuivre en bateau pour le lester. Mary aurait été très amusée…

Même au fin fond du forêt équatorial, Mary Kingsley reste une dame victorienne avec des longues jupes noires, un chapeau décoratif et un parasol. Elle est célèbre en Angleterre et ne se gêne pas d'exprimer ses opinions. Pour elle les peuples de l'Afrique ne sont pas des sauvages, mais des gens vivant selon des règles très stricts, que les coloniaux perturbent en imposant leur façon de vivre.
A la fin de sa vie elle évolue d'exploratrice vers anthropologue avec une opinion politique bien établie en faveur des Africains. Quand Joseph Chamberlain lui demande des suggestions pour mieux gérer les colonies, elle lui propose un gouvernement composé de négociants et d'Africains.

Son but est la défense des intérêts africains dans les colonies britanniques. Comparé à cela, la lutte féministe est de moindre importance pour elle. Mary trouve que les femmes doivent se prouver dans leur environnement typique et ne doivent pas essayer d'égaler les hommes sur leur terrain. Elle est une antagoniste convaincue du droit de vote pour les femmes, et s'oppose même au vélo pour les femmes ... parce que trop dangereux.
Sa vie est évidemment une preuve du contraire. Elle se sent plus à l'aise dans les dangers du forêt africain que dans la société londonienne.

En sa mémoire, les négociants fondent un hôpital pour des maladies tropicales à Liverpool.

Dans sa nécrologie, Rudyard Kipling écrit : 'Comme pour tout le monde, il y avait probablement quelque chose dont elle avait peur, mais personne n'a jamais su ce que c'était'.

Composition

Elza Daix
10/03/2004

Source:

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Mot clé: Kingsley Mary

Frank, Katherine
A voyager out : the life of Mary Kingsley /. - New York : Ballantine Books, 1987
T/0195
* ill. (entre p. 174-175)

Bergman, Carla
Victorie.
In: MEIDENBLAD K; nr 08 (1992), p. 14-17

Mary Kingsley (1862-1900).
In: THE GUARDIAN; (08 03 2005)

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