Isabelle Eberhardt, un auteur suisse qui écrivait aussi bien en français qu'en arabe, utilisait plusieurs noms de plume (masculins), entre autres Nicolas Podilinski et Mahmoud Saadi.
Sa mère Nathalie Eberhardt, une femme faible et maladive, membre de l'aristocratie russe, était la deuxième femme du général de Moerder. Celui-ci, un des conseillers du tsar, était beaucoup plus âgé qu'elle et avait déjà deux filles d'un mariage précédent. Leur premier enfant, Nicolas, est né en 1864, suivi par Nathalie en 1866 et Vladimir en 1868.
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En 1871 Nathalie de Moerder-Eberhardt quitte définitivement la Russie, accompagnée de ses trois enfants et de leur précepteur Alexandre Trophimovski. Ils vont habiter à Genève: Madame de Moerder avec ses enfants dans un grand appartement et Trophimovski à une autre adresse. Neuf mois plus tard un fils, Augustin, est né et il reçoit encore le nom de Moerder. Encore cinq ans plus tard, le 17 février 1877, Isabelle Eberhardt est née et enregistrée comme fille illégitime, le Général de Moerder étant mort depuis 1873. Elle n'est pas reconnue par Trophimovski qui était encore marié légalement, mais qui avait quitté sa femme et ses enfants avant d'entrer dans le service de la famille de Moerder.
Trophimovski, un adepte de l'anarchisme, perd peu à peut son enthousiasme pour les idées révolutionnaires. En 1879 il achète, avec l'argent de Madame de Moerder, une villa à l'extérieur de Genève qu'il fait enregistrer à son nom.
Les enfants ne vont pas à l'école et reçoivent leur éducation uniquement de Trophimovski qui est reconnu comme chef de famille. Plusieurs fois les enfants les plus âgés essaient d'échapper de la maison mais ils sont toujours ramenés par la police. Finalement le fils aîné réussit à partir en Russie pour clamer son héritage. Le deuxième enfant, Nathalie, se marie et, avec l'aide de son époux, commence à persécuter Trophimovski qu'ils accusent d'abus sexuel et d'incitation à empoisonner le général de Moerder. Vladimir de Moerder, un garçon très gentil mais déséquilibré et un amateur de cactus comme Trophimovski, reste à la villa. Augustin, aussi déséquilibré, devient alcoolique et toxicomane, et après un petit temps dans la Légion Etrangère, il habitera d'abord en Algérie puis à Marseille, où il se suicidera en 1914.
Dans cet environnement particulier vit Isabelle, toujours habillée comme un garçon avec les cheveux coupés court. Encore très jeune elle commence à écrire des nouvelles, des journaux intimes et des essais de romans. Plus tard des écrits à elle seront publiés dans des magazines français sous des pseudonymes masculins divers.
Très top elle développe une passion pour le monde arabe et l'Islam, supportée par son père qui est d'issu arménien. Comme elle a un talent pour les langues elle apprend le français, l'allemand, le russe, le latin, l'italien, un peu d'anglais et l'arabe.
Son premier voyage en Afrique du Nord se fait quand, à vingt ans, elle accompagne sa mère qui prépare le déménagement de la famille en Algérie. Trophimovski est resté à Genève en attendant la vente de la villa. Isabelle s'habille en homme et s'appelle Mahmoud. Son intégration dans l'environnement islamique est remarquable et elle écrit des esquisses de sa vie qui sont publiées dans un magazine français sous les titres Silhouettes d'Afrique et Visions du Mahgreb.
Le 28 novembre 1897 sa mère décède inopinément et elle est enterrée à Bône (maintenant Annaba). Isabelle reste en Algérie, mais après avoir participé à une rébellion des Algériens contre les Français le 14 mars 1899 elle est obligée de retourner à Genève où elle arrive juste avant le suicide de Vladimir et où elle reste à côté de Trophimovski qui meurt d'un cancer. Après la mort de ses parents les problèmes commencent : on raconte qu'elle a tué son père et elle a des problèmes d'argent parce que les enfants de Moerder contestent ses droits d'héritage sur la villa à Genève.
Elle retourne en Afrique du Nord où elle loue une maison à Tunis sous le nom de Si Mahmoud Saadi. Après un mois elle part pour un voyage dans le désert, toujours habillée en homme. Grâce à ce déguisement elle peut aller partout et elle est invitée à participer à des passe-temps masculins comme regarder des danseuses et fumer du kef. Après des mois de vie libre ses problèmes d'argent l'obligent à retourner en Europe, où elle visite son frère Augustin et où elle essaie en vain d'arranger ses problèmes juridiques concernant la vente de la villa. Elle comprend qu'elle aura besoin d'une autre source de revenus : elle veut - de préférence pour le compte d'un magazine - voyager dans l'Afrique du Nord et écrire sur sa vie et ses rencontres.
En juillet 1900 elle est de retour à Alger, puis elle voyage vers Touggourt et s'installe à El Oued, un village oasien. C'est probablement en route qu'elle a rencontré l'officier arabe du régiment spahi, Slimène Ehnni, un musulman de nationalité française, avec qui elle commence une relation. Elle devient membre de l'ordre Soufi Qadrya, un honneur sans précédent pour une Européenne, et elle peut participer à une fantasia, la meilleur preuve de son intégration dans la communauté arabe et de ses prouesses comme cavalière.
Le 29 janvier elle est victime d'un attentat. Isabelle est blessée à la tête et au bras gauche. Sa guérison se passe bien mais elle gardera des séquelles au niveau du bras. Le gouvernement français profite de l'occasion pour l'expulser (elle était considérée comme une espionne). Après maintes difficultés administratives elle se marie à Marseille le 17 octobre 1901 avec Slimène Ehnni. En janvier le couple retourne en Algérie où ils logent chez la famille Ehnni en attendant la fin du service militaire de Slimène. Par après ils déménagent vers Alger où Isabelle fait la connaissance de Victor Barrucand qui veut publier un magazine nouveau et qui lui propose de devenir sa collaboratrice. Pendant que Slimène travaille comme traducteur, Isabelle mène une vie libre et fait plusieurs excursions. En automne 1903 elle est envoyée au Sud-Oranais par Barrucand avec l'accord du général français Lyautey, pour rapporter sur les échauffourées entre rebelles locaux et l'armée française. Par après elle sera encore employée par Lyautey comme agente et sous son influence elle devient peu à peu pro-français.
Le 2 octobre 1904 Isabelle, qui souffre depuis longtemps de malaria et peut-être aussi de syphilis, est admise à l'hôpital militaire d'Aïn Sefra où elle reste deux semaines. Le 16 octobre elle écrit à Slimène pour demander de venir la tenir compagnie après sa sortie d'hôpital et elle loue une petite maison en argile dans la partie basse du village.
Le 21 octobre 1904, quand l'oued archi-sec est tout d'un coup inondé, une partie d'Aïn Sefra est dévastée. Slimène réussit à s'échapper mais Isabelle est noyée dans la maison.
En 1905 Barrucand publie une compilation de l'oeuvre d'Isabelle avec le titre Dans l'ombre chaude de l'Islam, un livre qui sera réédité deux fois et qui sera à la base de la légende autour d'Isabelle. Pendant toute sa vie d'aventurière Isabelle était moins connue qu'après sa mort par noyade dans le désert On raconte des histoires biscornues (mais à moitié vraies) sur sa vie : qu'elle vivait comme un homme, fumait du kef, visitait des maisons closes et qu'elle préférait la vie dans le désert à la civilisation urbaine .. on raconte même que son vrai père était Arthur Rimbaud.
Même cent ans après sa mort Isabelle Eberhardt reste un personnage fascinant : on publie encore des livres sur sa vie, basés pas seulement sur ce qu'elle a écrit, mais aussi sur des dossiers militaires français.
Elza Daix
27/04/2004
Ce résumé est basé sur la documentation suivante disponible dans la RoSa base de données:
Mot clé: Eberhardt Isabelle
Montero, Rosa
Vrouwenportretten
Amsterdam: Wereldbibliotheek, 1997. - 189 p.: ill.
ISBN 90-284-1780-X
Eberhardt, Isabelle
Écrits sur le sable
Parijs: Bernard Grasset, 1988. - 498 p.
ISBN 2-246-39221-7
* ill. (couverture)
Westerlaken, Nell
Jasmijn in de kashbah. Algerije en Isabelle Eberhardt
In: DE MORGEN; (08/05/1993)
Reyniers, Antje
Leven als man - vrouw onder de moslims
In: REFLEKS BERICHTENBLAD; volume 08 nr 03 (juli/1991), p. 2+5
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