Marie Anne Hubertine Auclert, née le 10 avril 1848, est le cinquième des sept enfants du couple Jean-Baptiste Auclert, riche fermier, et Marie Chanudet, fille de fermier dans les environs de Montmarault. La propriété de son Père se trouve au village de Tilly, mais il a aussi des terrains sur la commune avoisinante, Saint-Priest-en-Murat. Suivant la tradition dans la famille, depuis la révolution, son père est un républicain jacobin convaincu. En 1848, après la destitution du roi Louis-Philippe et la déclaration de la deuxième république, il devient maire de Tilly et maire-adjoint de Saint-Priest-en-Murat.
*ill.
Il perd ces fonctions après le coup d'état de Louis-Napoléon, en 1852,
mais il échappe à l'emprisonnement et la déportation, probablement
parce les purges Napoléoniennes se faisaient surtout sentir dans les
villes importantes. Les enfants grandissent dans un environnement où leur
père se révolte contre le pouvoir établi et voit la république comme
un idéal.
Les premières années d'Hubertine se passent dans la maison où elle est née, avec ses deux sours plus jeunes, Rosalie et Marie, deux nièces orphelines et quatre domestiques (les enfants plus âgés sont déjà en internat). Elle vit une jeunesse heureuse, jouant avec des poupées, apprenant à coudre et à vivre parcimonieusement : une préparation à sa vie adulte. Ses parents attachent de l'importance à une bonne éducation et tous les enfants suivent des cours en internat. A neuf ans c'est son tour pour entrer dans une école catholique, probablement les Dames de l'Enfant Jésus à Montmirail. Elle ne veut pas partir et résiste de toutes ses forces, mais elle est bien obligée de se soumettre. Finalement elle s'adapte bien à sa nouvelle vie et ne quitte l'école qu'en 1864, à l'âge de seize ans. Son père est décédé en 1861, pendant sont absence, et c'est son frère aîné, Théophile, qui est maintenant le chef de famille. Au couvent elle est devenue très croyante, à un point tel, qu'elle décide de devenir religieuse. Mais son entrée chez les Sours de la Charité de Vincent de Paul est refusée : on la trouve trop mystique et même un peu folle ! En réalité l'ordre où elle veut entrer est plutôt monarchiste et élitaire, les religieuses pouvaient donc rejeter l'application d'une fille d'un républicain connu.
Hubertine retourne à la maison à Tilly, chez sa mère, son frère Théophile et sa belle-sour. Elle devient la confidente de sa mère, veuve depuis trois ans et en mauvaise santé. Sa mère, une rebelle à sa façon et libérée de l'autorité de son mari, s'occupe de temps en temps de jeunes filles enceintes, rejetées par la communauté rurale, en leur trouvant du travail. Quand sa mère décède en 1866, Théophile place Hubertine dans un couvent à Montluçon comme pensionnaire. Cette fois-ci elle ne s'adapte plus : elle fait preuve de beaucoup d'indépendance au grand dam des religieuses, qui finissent par la mettre dehors.
Hubertine est dans une position inhabituelle pour une femme à cette époque : elle ne se marie pas (manque de demandes ?), le couvent n'est plus une option (elle a été rejetée et devient anti-clericale) et grâce à son héritage elle pourra vivre de façon indépendante, ce qui convient à son caractère. Tous ses frères et sours sont mariés. En 1869, quand à l'âge de vingt et un ans, elle reçoit son héritage, elle s'intéresse à la politique, comme son frère aîné, devenu maire de Saint-Priest-en-Murat à son tour.
L'invasion des Prusses en
1870 la choque profondément et fait d'elle une patriote fervente et elle
travaille comme bénévole pour la Croix Rouge.
En 1872 elle découvre le féminisme, basé sur le mouvement pour le droit
des femmes et ravivé pendant les dernières années de l'empire libéral.
Son attention est attiré en juin 1872 quand le féministe parisien, Léon
Richer, organise un banquet pour l'émancipation des femmes. Il y a des
conférenciers qui défendent le féminisme et on lit des lettres de
support de gens connus, tels que George Sand et Victor Hugo. C'est surtout
la lettre de Hugo qui l'enthousiasme quand il appelle les femmes des
esclaves.
Hubertine décide de partir pour Paris, où elle s'installe chez sa sour
Delphine Paradis et son beau-frère.
Elle rejoint le groupe de Léon Richer et Maria Deraismes, l'Association
pour le droit des femmes. Le nombre de participant(e)s est encore limité
: les rencontres, pendant lesquelles on décide des points à défendre,
se font dans le salon chez Richer. Une liste de priorités est établie,
à laquelle Hubertine ajoute les droits politiques : les femmes doivent
obtenir le droit de vote, mais les autres membres ne sont pas d'accord. Au
départ l'organisation demande surtout des droits familiaux (divorce,
recherche de paternité, etc). Par prudence 'tactique' l'association
change de nom, d'abord elle s'appelle l'Avenir des femmes, puis Société
pour l'amélioration du sort de la femme, dit Amélioration. En 1873
Hubertine est élue bibliothécaire du mouvement, faisant partie de ces
quelques féministes notoires à Paris de ce moment. Elle emménage dans
un appartement dans le même immeuble où vivent les Richer, et elle le
meuble avec la parcimonie appris dans sa maison natale et au couvent.
En 1875 elle quitte l'Amélioration, jugée trop prudente dans ses
demandes, et crée son propre mouvement plus radical, Société le droit
des Femmes, changé en 1883 en Société de suffrage des femmes.
En 1878 un congrès
international pour le droit des femmes est tenu à Paris, pendant lequel
on ne supporte toujours pas le vote des femmes. Hubertine décide en 1880
de lancer une grève de paiement de taxes pour les femmes : comme elles
n'ont pas de représentation légale elles ne devraient pas être
imposables. Un de ses conseillers juridiques est Antonin Lévrier, qu'elle
épousera en 1887.
Le 13 février 1881 Hubertine commence un journal, La Citoyenne, supporté
par l'élite des féministes telles que Séverine et Marie Bashkirtseff.
Quand, en 1884, le gouvernement légalise enfin le divorce, Hubertine
accuse la partialité de cette loi contre les femmes, qui, mariées, ne
peuvent même pas disposer de leur propre salaire. Elle propose un contrat
de mariage avec séparation des biens.
En 1888 elle déménage
en Algérie avec son mari, Antonin Lévrier, devenu juge de paix. Elle y
reste quatre ans, pour retourner à Paris après la mort de son époux, en
1892.
N'ayant plus les moyens de supporter son journal elle est obligée de
l'arrêter, mais elle continue son activisme.
En 1900 le Conseil National des Françaises est fondé, une organisation
réunissant les autres organisations féministes en France, qui défendra
aussi le vote des femmes.
C'est seulement en 1908 que les femmes mariées obtiennent enfin le droit
de garder leur salaire. Hubertine continue sa bataille pour le droit de
vote. Dans la même année elle est arrêtée pour avoir cassé une urne
de vote pendant les élections municipales à Paris. En 1910, comme
d'autres féministes, elle se présente comme candidate pour l'assemblée
législative.
Hubertine continue son activisme pour les droits des femmes jusqu'à sa mort le 4 août 1914. Après une vie dédiée au féminisme elle est enterrée au cimetière de Père-Lachaise. Sur sa tombe on érige un monument où est inscrit : Suffrage des femmes.
Composition
Elza Daix
23/01/2007
Source:
Ce résumé est basé sur la documentation suivante disponible dans la RoSa base de données:
Mot clé: Auclert Hubertine
Hause Steven C.Scott Joan W.
La citoyenne paradoxale : les féministes françaises et les droits de
l'homme /. - Paris : Albin Michel, 1998
Nr. FII m/0473
Taïeb Edith
Penser la parité avec Hubertine Auclert: fondatrice de la "jeune
école"
féministe / . - [s.l.] : [s.n.], [s.a.]
In: LUNES; nr 07 (04 1999), p. 34-41
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